Le GOÛT de... Hubert de Givenchy

Chantre de la distinction et du raffinement Hubert de Givenchy  a incarné ce que l'on appelle " le Grand Goût français". Sa sensibilité pour les arts décoratifs des XVIIe et XVIIIe siècles, atteint, chez un homme d’une telle culture, la perfection. Mais elle ne doit pas occulter que cet amateur d'art et de mobilier du XXème Siècle, savait aussi faire des mixtes audacieux.

Esthete Place revient ici sur les fondamentaux du goût de ce Grand Monsieur ...

Hubert Taffin de Givenchy, nait le 20 février 1927, un père Marquis, rattaché à la noblesse du nord de la France et une mère issue d’une famille d’artistes fille de Jules Badin, qui fut administrateur de la Manufacture de Beauvais et des Gobelins. Ceci explique probablement une sensibilité développée très tôt pour l' élégance et le raffinement et pour les arts décoratifs en particulier.

"Luxury is in each detail" répétait le maitre du chic sans chichi. Rigueur et raffinement, sont une constante que l'on retrouve chez lui , tout comme dans sa mode, mais aussi dans ses choix de décoration intérieure. Principes qu'il applique pour ses appartements parisiens successifs: au 4 rue Fabert (sur l'esplanade des Invalides), à l'Hôtel de Cavoye (vendu au Groupe Bernard Tapie),  à l'Hôtel d' Orrouer (situé au 87 rue de Grenelle), dans son château du Jonchet (Eure-et-Loir), et dans sa Villa de Saint Jean Cap Ferrat... tous remplis de merveilles sans surcharge mais avec une simple somptuosité.

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Détail, potiches chinoises XVIII , petits bronze aux cerf, bustes antique
Détail "Singe attentif II", 1999, FXL, décoration  pour un collectionneur 
Table de milieu en bronze Diego Giacometti

Tout chez l'inventeur des "séparables" , de la blouse "Bettina", des parfums mythiques: L'Interdit, Irrésistible, Ysatis, Givenchy Gentlemen..., ou encore des créations iconiques qu'il conçut pour celle qui fut l'amie de 40 ans, Audrey Hepburn, est à l'image de l'harmonie de ses intérieurs, et  résulte d'une évidente décontraction méticuleuse. 

Chez Givenchy la sobriété sied à sa sophistication où tout est une question d'équilibre qui ne tient parfois qu'à un fil...

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La blouse "Bettina", du nom de son mannequin fétiche, Béttina Graziani 
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Parfum " L'Interdit " ilustré par Audrey Hepburn
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L'armoire au char d'Apollon" par AC Boulle

ALEXIS ET NICOLAS KUGEL, PETER FUHRING

On pourrait définir la signature Givenchy dans son dernier décor, le manoir du Jonchet, par un style qui résulte du parfait mélange du respect des proportions architecturales du lieu, des volumes nets, des matériaux nobles ou naturels, - pierres apparentes, corde, paille tressée, boiseries d'époques, dorures... Une excellence favorisée par une palette en camaïeux clairs ou dans les tons de miel, formant l'écrin d'un choix d'objets et de mobilier précieux: orfèvrerie d’Augsbourg, émaux de Limoges, armoire et bureau Boulle et autre XVIIIème, mobilier Knoll, tables basses Gérard Mille pour Jansen, bronzes de la Renaissance, porcelaines de la compagnie des Indes, moutons ou singes signés Lalanne, mobilier en bronze signé de l'ami Diego Giacometti..., l'ensemble sous le regard d'œuvres d’art choisies, Picasso, Braque, Fernand Léger ou Miro qui cohabitent avec Nicholson et Rothko... le tout prétexte  à un décorum singulier qui n'exclut pas le sens du confort et le plaisir de vivre tout en rigueur et retenue ...

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appartement rue Fabert, paysage Italien XVIIIeme , housses lanches et bureau Jansen
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le manoir du Jonchet, le grand salon
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La chambre d'amis, rue Fabert, lit a baldaquin et meubles Knoll
Son sens de l'esthétique s'était affiné par une fréquentation des artistes et des marchands, dans le Paris d'après-guerre.
« J
'avais l'habitude de visiter les antiquaires et ils ont pris le temps de m'expliquer les pièces". Hubert de Givenchy aimait aussi raconter comment il avait acquis "son" Rothko, lors d'une visite à New-york , peu après le suicide de l'artiste en Février 1970, et à l'initiative de son amie et cliente Bunny Mellon.  "Nous sommes allés à l'atelier un matin, il y avait 800 Rothko... Madame Mellon en a acheté 14 et j'ai décidé d'en prendre un. A l'époque Rothko n'était pas si cher, et il n'y en avait aucun autre à Paris".  
Cette peinture est aujourd'hui visible à la Fondation Beyeler, Bâle.
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fig 1 & 2 l'appartement rue Fabert; Le bureau et l'armoire Boulle dite "au char d'Apollon" et ayant appartenu à Misia Sert, répond au Rothko.  Hubert de Givenchy en 2012, devant un Bacchus attribué à Girardon.
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devant le grand dessin de Picasso, en pantalon de brocart,dans les années 70
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l'entrée du Jonchet

La décoration était l'oeuvre de son autre vie, celle du quotidien, qui le faisait se lever avec le soleil, pour arriver à la Maison de Couture au 3, de l'avenue George V à 7H00 tous les matins. Il saluait alors ses employés, puis se mettait au travail.  Parfois il n'hésitait pas après ce rituel matinal journalier de s'envoler en Concorde pour ne pas manquer l'heure d'ouverture de la boutique Givenchy du 747 Madison Ave, NY. l'exigence, le travail, la rigeur et la ponctualité, toujours...