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EN ATTENDANT LES BARBARES  
quatre décennies de design 

EN VILLE - In TOWN

"LE LIVRE COMME UN CHAPITRE DE L’HISTOIRE DES ARTS DECORATIFS"

par Philippe Renaud*

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Agnès Kentish et Philippe Renaud©estheteplace

LA HORDE DES BARBARES

En 1984 un photographe, Roland Beaufre, et un dessinateur, Frédéric de Luca, décident de proposer aux amateurs les jeunes créateurs qui s’ingénient à donner des coups de pieds d’enfants agacés dans les codes modernistes mais décidément bourgeois du design d’alors. Ils vont orchestrer une voie fantaisiste et poétique, servie avec brio par l’excellence des artisans français renommés auparavant sous la férule des Frank, Royère, Jansen… Fini le regard admiratif sur le Bauhaus et ses avatars, mais, yeux grand-ouverts sur les assemblages des scouts bricoleurs, les esthétiques des années 50 et leur imagerie hollywoodienne à la petite semaine. Le tout mâtiné d’une culture éclectique qui fait des pages de l’histoire de l’art déclinées avec gourmandise. Une sorte de conte de fées enchanté par les demoiselles de Rochefort.

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L’INVASION, ENFIN, SOUS LA HOULETTE DES GB

Le couple naissant de Garouste et Bonetti découvert chez Jansen où ils ont présenté leur mobilier préhistorique pour les Vénus de Lespugue des trente glorieuses est le premier coup d’éclat d’En Attendant les Barbares. On sait désormais l’importance des artifices de ces créateurs, depuis Le Privilège, la salle de jeux VIP du Palace, jusqu’à leur présence dans tous les musées d’arts décoratifs du Monde. Bravo aux découvreurs qui sont rejoints en 1986 par Agnès Bellebeau venue du monde de la publicité qui apporte à la prometteuse affaire commerciale installée près de la Place des Victoires une image décalée. Elle y reçoit la clientèle habillée en nonne, clin d’œil ironique  à l’inspiration des Yohji Yamamoto ou Rei Kawakubo, les couturiers les plus pointus du moment. Elle fait ostensiblement le ménage aux heures d’ouverture en tenue de soubrette perversive. D’inoubliable, l’adresse devient incontournable de la branchitude des années 80-90 pour tous les fous et les folles de la  grande décoration française enfin réinventée.

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L’OR DES  BARBARES 

La liste des révélations d’En Attendant les Barbares, ces prophètes du goût des années 90 est longue et essentielle : autre coqueluche, les Migeon et Migeon, des créateurs de bijoux devenus les artisans magiques d’un bougeoir qui se tortille en résine colorée et translucide, élu à l’unanimité, accessoire indispensable des décors du moment. Patrick Rétif, Eric Schmitt, Christian Ghion, Arik Lévy, Jean-Philippe Gleize, Jean-Jacques Jarrigue et tant d’autres à l’histoire éphémère ou bien rangés maintenant dans le dictionnaire des designers reconnus.

A l’époque, le passage au show-room d’En Attendant les Barbares relevait de l’envie pressante, chaque samedi, quand le tour des galeries était le rite obligatoire du week-end.

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LE TEMPS DES DIVORCES

Heureusement, peut être, pour essaimer et inspirer les générations à venir, les bonnes choses ont une fin. Une petite épidémie de divorce transforme profondément cette aventure collective : Agnès et Fréderic, les premiers, vont se séparer et chacun de leur côté tenter de poursuivre l’aventure, l’un rue Visconti, l’autre rue de Grenelle, mais la belle histoire est fatiguée et ne retrouvera plus la vigueur inventive qui les avait sacrés prophètes du design. Si Frédéric de Luca est retourné avec un vrai talent à la peinture, Agnès Bellebeau… a ouvert, seule, une galerie qui présente toujours les créations de leurs découvertes d’alors. Gardienne attentive d’une page, rare et précieuse, de l’histoire du goût en France, infatigable tête chercheuse, cette collectionneuse née, a l’élégance d’orienter facilement ses clients et amis vers les jeunes galeries dont elle attend sereine la relève après le passage des Barbares.

Pour couronner le tout, le duo devenu mythique d’Elisabeth et Mattia se lasse de jouer à quatre mains leurs partitions décoratives. Leur aura reste essentielle, leur talent s’exprime toujours rue de Grenelle entre autres lieux mais en jeu de solitaire.

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Dans son rôle de grande prêtresse du souvenir, Agnès Bellebeau-Kentish… a tenu à mettre en œuvre avec les éditions du Regard et Anne Bony, un livre qui retrace l’aventure d’En Attendant Les Barbares et ses découvertes. L’élégance de l’ouvrage pousse à en tourner les pages avec admiration et envie.

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* Philippe Renaud est directeur-artiste, scénographe, auteur. Il a crée la Galerie Travers avec William Wheeler et  "Lieux " maison d'édition de mobilier dans les années 90 avec Patrice Gruffaz.